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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 19:15
A : Maître YAO s’est-il éloigné du Yi Quan de Maître WANG, dans son apparence?

C : Au sommet de la fondation établit par Maître WANG, Maître YAO a rendu son Yi Quan plus clair, plus détaillé. Il a utilisé la kinésiologie moderne pour expliquer le Yi Quan. Il a également examiné des aspects de la physiologie, de la psychologie, de la neurologie et des sciences du sport qui ont trait au Yi Quan. Son programme d’entraînement était dans la continuité de celui de Maître WANG. Par exemple, l’entraînement de la « force contradictoire » et de réaction, ces deux idées sont les racines du Yi Quan, nous ne pouvons pas faire sans elles. Comment pouvons-nous développer encore plus ces méthodes? Vous ne pouvez pas continuer à exprimer l'essence de l'art d'une manière vague qui laisserait les gens perplexes. Ce genre de choses ne fera que conduire à des malentendus parmi les pratiquants de Yi Quan. À cet égard, Maître YAO a rendu le Yi Quan plus clair, plus transparent. Il a changé certains des termes et des explications utilisés à l'époque de Maître WANG pour des noms plus modernes, plus faciles à comprendre. Au cours de l'entraînement intensif de Xian Nong Tan, les «oncles» HAN Xing Qiao et BU En Fu, nous ont rendu visite là-bas. Ils venaient tout d’abord pour nous montrer la façon de nous entraîner aux « jibengong » (les exercices de bases), mais en même temps, ils ont aussi raconté leurs expériences d’entraînement avec Maître WANG dans le comté de Shen (dans la province du Hebei).

BU-En-Fu.jpgCi-dessus, BU En Fu dans une garde de type "anglaise".


« Oncle » BU [Enfu] raconta qu'ils devaient courir, étirer leurs jambes, et travailler au sac de frappe dans le cadre de leur entraînement. Chaque matin, ils devaient faire de longues courses à pied afin de renforcer leur endurance. Ils courraient de la campagne vers la ville du comté, avec Maître WANG suivant derrière. Quand ils avaient trop chaud, ils ôtaient leurs vestes et les laissaient à Maître WANG. Une fois qu'ils entraient dans la ville, ils étiraient leurs jambes et pratiquaient les coups de pieds près de l’entrée du mur d’enceinte. Ils travaillaient au sac de frappe chaque jour. Les sacs de frappe à l'époque étaient un peu différents de ceux que nous utilisons maintenant, le remplissage était un mélange de copeaux de bois et de sable. Parce qu'ils frappaient les sacs tous les jours, la peau sur leurs phalanges était fendue et ils saignaient. Le sang s'infiltrait dans le sac et coagulait autour des copeaux de bois, formant des petits blocs. Le lendemain, ils s’entraînaient aux coups de poing ce qui cassait ces blocs. Imaginez-les, la souffrance à briser ces blocs chaque jour! Nous avions demandé à Maître BU de nous donner quelques indications pour le combat, mais il déclara : « Il n’y a pas besoin que je vous en parle quand vous avez Maître YAO à proximité. Ce que je peux raconter, c'est la manière dont j'ai appris la boxe ». L’entraîneur de boxe anglaise de Maître BU était un Italien. Avant même de devenir disciple de Maître WANG, il était déjà un boxeur professionnel et un champion national de Shuai Jiao [lutte chinoise]. C'est pourquoi, il n'était pas autorisé à concourir dans des tournois de boxe après la révolution cluturelle, parce que seulement les amateurs pouvaient y participer.
 
DOU-Shi-Ming.jpgDOU Shi Ming (1921-1997),
un des disciples proches de WANG Xiang Zhaï.


Une autre fois, « oncle » DOU [Shi Ming] vint nous rendre visite au stade de Xian Nong Tan et vit le matériel que nous utilisions, il déclara : "Ruibin, vous les gars devriez vous entraîner durement, parce que Maître YAO tente de bien vous enseigner!". Maître DOU déclara : "Beaucoup de choses que vous pratiquez les gars, Maître YAO ne nous les a jamais enseigné". La vérité ce n’est pas que Maître YAO n'a pas enseigné ces choses par le passé, c'est juste que ses méthodes d'enseignement sont devenues plus rationnelles, plus scientifiques et plus variées.

Par exemple, du temps de Maître WANG, ses élèves couraient juste afin de construire leur endurance. Pendant la période avec Maître YAO, ce dernier adopta la méthode de la boxe anglaise consistant à donner des coups de poing tout en courant, en vue d’entraîner la coordination de ses élèves pendant un exercice difficile. Mais la version du Yi Quan de cet exercice [courir et donner des coups de poings] est différente de celle de la boxe anglaise. Il s'agit du «Zhong Wei Yang Yong » (utiliser des idées occidentales au profit de la Chine), emprunter les idées des autres afin d'améliorer nos propres choses.

Dès les années 1920 et 30, Maître WANG a avancé l'idée d'étudier les cellules des personnes pendant l'exercice, alors qu’à l’époque les gens étaient encore focalisés sur les groupes musculaires. La compréhension et les recherches de Maître WANG étaient en avance sur leur temps. Lorsque Maître YAO était au Centre de Recherche, il utilisa les instruments scientifiques modernes pour vérifier les modifications qui se produisaient dans les muscles des gens, les cellules et les nerfs alors qu’ils pratiquaient le Yi Quan, obtenant des données claires et objectives sur le processus. La précédente génération de maîtres n'a pas eu cette chance, ils dûrent utiliser l’aspect extérieur d'un élève afin de mesurer à quel point ils travaillaient, ce qui pouvait facilement conduire à des problèmes. Les étudiants qui s'entraînent dur risquent le surcharge, la fatigue, ou des dommages à leurs organes internes, qui est plus un cas de précipitation, moins de vitesse. Un régime d’entraînement raisonnable doit combiner entraînement, application et récupération, tout en un.

Maintenant que la science est plus avancée, on peut rendre ces choses plus facilement quantifiables, et laisser les chiffres parler d'eux-mêmes. J'ai suivi Maître YAO pendant toutes ces années, j'ai toujours gardé les dernières paroles de Maître YAO à l'esprit, je n'ai pas osé me laisser aller. J'ai rencontré de nombreux disciples de Maître WANG, qui se sont entraîné avec Maitre WANG à des moments différents, et je les ai vu tous faire des démonstrations, et je crois que j'ai un droit à parler du Yi Quan.

L’histoire du Yi Quan n'est pas très longue, je ne suis que la troisième génération. Même après que Maître WANG eut fondé le Yi Quan, il continua sans cesse d’expérimenter et de reformuler les méthodes d’entraînement du Yi Quan. Maître YAO a construit, sur les fondations que Maître WANG a laissé et à travers ses propres expériences et réalisations, peu à peu, des méthodes d’entraînement améliorées en Yi Quan, dans cette façon de faire scientifique et systématique d’aujourd'hui. Bien sûr, avec le temps qui passe, nous ne pouvons pas simplement rester debout, nous devons évoluer et progresser avec le temps. C'est comme pour tout, ce qui ne se développe pas régresse.

J'ai découvert que certaines personnes ont récemment découvert certains des premiers écrits de Maître WANG, que plus tard il réfuta, et les traitent comme une sorte de trésor. Pour ceux qui n'ont jamais rencontré les premiers disciples de Maître WANG, ils peuvent regarder les photos et les dossiers qu'ils ont laissé derrière eux, vous trouverez que leurs « formes » (Ndt : forme de corps) et leurs mouvements ont encore beaucoup de Xingyi en eux. De nos jours, beaucoup de ce qui fait le Yi Quan est enseigné de façon déformée, soit parce que le professeur n'a pas compris l'essence du Yi Quan ou parce qu’il a pris trop à la lettre les enseignements. L'Occident a adopté depuis longtemps le Taïji comme exercice pour les astronautes afin d'enquêter sur la question de la capacité des gens à se déplacer en apesanteur. Maître YAO m'a dit à l'époque : « Le Yi Quan est très difficile à pratiquer, si nous n'utilisons pas des méthodes modernes et scientifiques pour expliquer comment il fait ce qu'il fait, les élèves auront beaucoup de mal à comprendre. D'autres personnes [les Occidentendaux?] sont aussi en train d’enquêter et d’évoluer, avant longtemps ils nous auront dépasser ».

A : Je pense qu'il n'avait pas tort pour le Wushu, y compris le Yi Quan, de le développer dans le sens des compétitions modernes et des combats de type « leitai » (Ndt : plateforme de combat traditionnelle chinoise). Non seulement je ne pense pas que ce soit mal, je pense qu'il devrait évoluer dans cette direction.

C : Vous avez raison. La décision de Maître WANG d'adapter ses élèves «cadres» pour participer à des tournois de boxe était un excellent exemple de la volonté de Maître WANG de rompre avec la tradition et de son désir d'innover. Si un art martial souhaite maintenir sa vigueur, il doit évoluer avec son temps. C'est la seule façon dont nous pouvons rivaliser équitablement, et la seule façon pour nous d’obtenir une chance de tester de façon réaliste notre Gongfu. Sinon, si un art martial ferme ses portes, trouve des excuses pour ne pas participer des compétitions, le résultat sera que cet art martial mourra. Bien sûr, peu importe la façon dont un art martial évolue, son essence, ses techniques et sa culture internes, fondus en un tout, ne peuvent pas être perdues, c'est là le point crucial pour le développement du Yi Quan, ainsi que pour d'autres arts martiaux.


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Voilà, c'est fini. J'espère que cette traduction d'un long article en une série d'articles vous aura plu et vous aura apporté quelque chose en plus...

Bonne pratique à tous!

A bientôt. David BLAYO.


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Published by David BLAYO - dans Ressources
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